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L’immigration tunisienne en France
Définition: L’INSEE définit l’immigré ainsi « C’est une personne née étrangère à l’étranger ». Les personnes qui sont devenues françaises par la suite sont toujours considérées comme immigrées ( mais pas étrangères) mme s’ils ont une carte d’identité ou un passeport français. Pourcentage : contrairement à certaines idées reçues et manipulations, le pourcentage des immigrés n’a guère dépassé 7% du total de la population de France. Cette proportion est restée stable depuis 1931. Les immigrés européens sont toujours majoritaires, malgré le retour de milliers d’Italiens, de Portugais et d’Espagnols. Aperçu sur l’immigration tunisienne en France: Comme l’ensemble de l’immigration maghrébine et celle des anciennes colonies, les grandes vagues se situent après les deux grandes guerres. Les colonies et les protectorats fournissaient des soldats et des ouvriers pour défendre « La République » et ensuite reconstruire le pays ravagé par la guerre. Une fois le pays reconstruit, Les immigrés sont incités ou forcés de rentrer « chez eux ». Dans l’après première guerre mondiale, il y avait peu d’immigrés tunisiens. Par contre, il y avait des étudiants, des intellectuels, des artistes et des militants politiques ou syndicalistes expulsés de Tunisie vers La France et assignés à résidence. Parmi les militants communistes, il y avait Mohamed BOUDEMGHA qui était désigné par la 3° Internationale avec Hô Chi Minh comme correspondants sur les questions coloniales et l’immigration à partir de 1920. Les syndicalistes communistes dissidents de la CGT de JOUHEAUX et qui ont créé la CGTT en Tunisie ont été expulsés vers différents pays dont La France. Les grandes vagues: A partir de 1958, la Tunisie nouvellement indépendante a vécu des années de sécheresse et de misère. Des milliers de tunisiens ont quitté leur pays pour travailler en France. Une deuxième vague a commencé au milieu des années soixante à cause d’une sécheresse et de la politique de collectivisation forcée soutenue par la Banque Mondiale qui a durée jusqu’à la fin de 1969. La troisième grande vague a eu lieu en 1972/73, formée par des jeunes scolarisés et relativement politisés. Ils étaient majoritaires et très actifs lors des grèves de la faim pour obtenir des papiers de séjours, lors de la création du « Mouvement des Travailleurs Arabes » qui a appelé à une grève bien suivie, pour protester contre les crimes racistes restés impunis entre 1971 et 1973. Ils étaient aussi actifs au sein de la Coordination Nationales des Foyers en lutte: Grève des loyers de 1974 à 1980. Ces vingt dernières années, malgré l’arrêt officiel de l’immigration, les conditions économiques ont provoqué l’arrivée de milliers de tunisiens en France. Ils sont plus nombreux à aller en Italie et moins nombreux en Espagne et d’autres pays européens. En 1985, le Plan d’Ajustement Structurel imposé par la Banque Mondiale a déstabilisé l’économie tunisienne. En 1995, le Contrat d’Association avec l’U.E. a eu des retombées négatives sur l’économie tunisienne et la compétitivité des entreprises. En janvier 2005, l’accord multi-fibres et le démantèlement de la production du textile a eu des effets négatifs et a provoqué un départ massif de jeunes travailleurs plus ou moins qualifiés. Le secteur du textile est le deuxième secteur d’export en Tunisie et c’est un secteur créateur d’emploi. Si les immigrés des années cinquante et soixante étaient en majorité issus de la paysannerie et peu scolarisés, l’immigration tunisienne, à partir des années soixante-dix est jeune, scolarisée et revendicative. Les immigrés tunisiens sont concentrés en Région Parisienne, en Côte d’Azur et Var, Rhône-Alpes. Chaque concentration regroupe majoritairement les originaires de la même zone géographique en Tunisie. Après la restructuration de l’industrie en France, des immigrés tunisiens qui travaillaient dans les usines ont quitté Lyon et sa banlieue, Saint-Etienne, Bourges, l’Isère pour s’installer au sud de la France et en Région Parisienne. De plus en plus de tunisiens travaillent dans le secteur des services(hôtellerie, restauration, commerce de proximité) ou bien se sont tournés vers la création de petites entreprises, non par choix mais pour survivre. Quelques chiffres: Il est très difficile de connaître le nombre des tunisiens en France. Il faut recouper plusieurs données pour essayer de s’approcher de la réalité. Selon plusieurs sources concordantes un tunisien sur dix vit à l’étranger. Selon le Ministère Tunisien des Affaires Etrangères, le nombre de tunisiens établis légalement à l’étranger est de 884450 en 2004, dont 58,5% en France, soit 517 403 résidents tunisiens en France. Ce chiffre inclut les saisonniers, les enfants même nés en France et les binationaux. Lors du recensement de 1999, l’INSEE donne le chiffre de 201561. En 2002, selon des sources sérieuses, ils seraient 250000 environ, dont le tiers a la nationalité française. Selon des sources académiques et universitaires tunisiennes, les sans papiers tunisiens seraient actuellement autour de 12000 en France. En 1999, les tunisiens en France représentent 4,7% du total des immigrés, toutes nationalités confondues. A titre de comparaison, les algériens représentent 13,3% et les marocains 12,1%. Entre 1999 et 2004, 27511 tunisiens sont partis définitivement de France, soit à l’âge de la retraite, soit pour un retour définitif volontaire. D’où un solde migratoire négatif pour la même période. Le regroupement familial des tunisiens en France représente6,3% de l’ensemble, celui des algériens, 19,7%, celui des marocains, 28,5 et celui des turcs 18,6%. Importance économique: En 2004, les immigrés tunisiens ont transféré vers la Tunisie 1783 millions d’euros, dont près de 900 millions proviennent de France. Ce chiffre englobe le transfert en argent et en nature:véhicules, biens de consommation, change de devises lors des vacances ou mandats et virements… La somme de 1783 millions d’Euros représente 4,4% du BIB tunisien, d’où le poids de l’immigration tunisienne dans l’économie du pays d’origine. Plusieurs localités et régions du sud et l’ouest tunisien survivent grâce au transfert de l’immigration. Le secteur du bâtiment et de la construction de logement est le premier secteur économique dans plusieurs régions pauvres de Tunisie, grâce à l’immigration… Les rapports entre le gouvernement tunisien et « ses citoyens résidant à l’étranger »: Avant les années soixante, la majorité écrasante des étudiants tunisiens s’inscrivaient dans les universités françaises. Il y avait une opposition d’intellectuels qui ne dérangeait pas trop le régime, mais le contrôle et les représailles ont toujours été une constante du régime tunisien, même contre les citoyens vivant hors de Tunisie. Dès 1961, date de la signature d’un accord bilatéral avec la France, le gouvernement tunisien a instauré un double contrôle des travailleurs à l’étranger. Avant le départ de Tunisie, plusieurs réunions obligatoires sont organisées pour discréditer les syndicats, la gauche, « les idéologies destructrices » etc. En France l’amicale, les structures du Parti-Etat et les consulats sont des structures de contrôle très efficace. Les opposants sont menacés, leurs passeports ne sont pas renouvelés(d’où de gros problèmes avec les préfectures pour renouveler les cartes de résident), des agressions physiques, des saccages de voitures et de logements, des lettres et des coups de fil anonymes de menaces sont attribués à ces services. Les confiscations de passeports et les séjours en prison à l’occasion d’un retour en Tunisie pour des vacances sont des pratiques courantes. La peur et la discrétion accompagnent tout immigré tunisien, même s’il a la double nationalité. Une rencontre annuelle sur l’immigration est organisée chaque année au mois d’août par le pouvoir pour bien mettre les points sur les « i » et rassembler les mouchards du régime dans un grand hôtel au bord de la mer aux frais du contribuable tunisien. En revanche, et pour ne pas perdre la manne financière, les immigrés tunisiens sont la cible favorite des banques tunisiennes, des sociétés de construction immobilière, des agences gouvernementales d’investissement et de crédit. L’accueil dans les consulats et à les aéroports et ports tunisiens s’est amélioré et les contrôles policiers en Tunisie pendant les périodes des vacances épargnent les voitures immatriculées à l’étranger. La société civile et les syndicats en Tunisie essaient de s’intéresser de plus en plus aux problèmes de l’immigration: colloques, motions, rencontres, débats… Les problèmes spécifiques des jeunes, des discriminations, du respect des droits de l’homme en Europe sont les principaux thèmes débattus, ainsi que les rapports nord-sud et les questions liées au développement. Depuis une quinzaine d’année, les questions liées à l’immigration ne sont plus le monopôle du parti au pouvoir. Depuis quelques années, des rencontres parallèles à celles du gouvernement sont organisées par les syndicats et les organisations de défense des droits de l’homme en Tunisie. Malgré les tracasseries et les menaces, ces rencontres sont devenues un rendez-vous régulier pour les démocrates tunisiens quelque soit leur lieu de résidence.
Tahar MOEZ 07/04/2006 |