Parti du Travail Patriotique et Démocratique

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MESSAGE DE FELICITATIONS A MADAME SOUHAYR BELHASSEN

     A l’occasion de votre élection à la présidence de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, nous avons le plaisir de vous adresser nos plus vives félicitations, et de vous souhaiter, ainsi qu’à vos collaborateurs, plein succès dans votre noble mission en faveur des victimes de la répression, de l’intolérance et de toutes les formes d’agression, partout dans le monde, et pour la promotion des valeurs démocratiques universelles.

      Votre accession à la tête des cet organisme constitue à la fois une reconnaissance de votre rôle personnel, un motif de fierté pour le mouvement des femmes en Tunisie et dans le reste du monde arabe ainsi qu’un encouragement à la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme.

     Attaché comme vous, aux principes universels des droits de l’Homme, aux droits économiques et sociaux des citoyens et au droit des peuples à l’autodétermination, le Parti du Travail Patriotique et Démocratique de Tunisie, engagé dans le combat pour la paix mondiale, la justice et l’égalité, vous apporte son soutien.

Tunis, le 13 mai 2007

Parti du Travail Patriotique et Démocratique

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Tunisie : Gauche syndicale

 Contexte du 21ème congrès :

Le 21ème congrès de l’union générale tunisienne du travail (U.G.T.T.) s’est déroulé à Monastir, petite ville cotière du centre de la Tunisie, du 14 au 16 décembre 2006. La date a été avancée de deux mois par le bureau exécutif (B.E.). Ce dernier a voulu interrompre une dynamique de lutte qui a commencé à prendre de l’ampleur dans des secteurs à fort taux de syndicalisation : enseignement, santé, transport, textile, banques et assurances, métallurgie... Les syndicalistes des structures intermédiaires estiment que le B.E. ne les a pas soutenus dans leurs revendications légitimes qui ne concernent pas que les salaires, mais aussi les conditions de travail, les choix économiques du pouvoir et l’autonomie des syndicats. Le B.E. a tout fait pour éviter les grèves générales sectorielles et ne les a soutenues que du bout des lèvres (sous la pression de la base), ce qui affaiblit la position des fédérations et des syndicats face au gouvernement et au patronat. La commission administrative (C.A.) est une instance qui regroupe le B.E, les secrétaires généraux des régions, des fédérations et des syndicats nationaux de branches. Au sein de cette instance, la majorité n’est plus acquise, comme à l’accoutumé, au S.G. de la centrale syndicale. La gauche syndicale a réussi à renforcer l’autonomie de l’UGTT : vote contre le soutien à Ben Ali en 2004, contre la participation de l’UGTT à une chambre consultative dont les membres sont désignés par le pouvoir en 2006, grève contre l’invitation de représentants d’Israel à une réunion internationale sur l’information en 2005, motions de soutien aux  associations démocratiques et de droits humains : ligue des droits de l’homme, femmes démocrates, juges, avocats etc.

Sur le plan économique, les accords d’association avec l’Union Européenne (U.E.) et le diktat des organismes internationaux ont causé beaucoup de dégats : privatisations, licenciements collectifs, fermeture d’entreprises, précarité, hausse des prix, dégradation des conditions de travail etc. Des luttes et des grèves avec occupation des lieux de travail se sont multipliées, sans le soutien ferme du B.E. qui prone la « modération » et la prise en compte de la situation économique du pays... Certains syndicats reprochent au B.E. de ne pas défendre leurs revendications lors des négociations au niveau national (car c’est le bureau exécutif qui négocie en leur nom) et de s’être engagé avec les services de l’Etat ou les patrons, à « calmer le jeu » au lieu de respecter son mandat, qui est de défendre leurs revendications et de se concerter avec eux avant de signer des accords.

L’UGTT est la seule organisation en Tunisie qui a gardé une certaine autonomie à l’égard du pouvoir. Le pouvoir a essayé à plusieurs reprises de la « dompter », mais la résistance des syndicalistes a réussi à chaque fois à reprendre le dessus, malgré la complicité des directions bureaucratiques. Les syndicalistes de gauche et surtout les marxistes ont été emprisonnés par le pouvoir, licenciés par les employeurs (publics et privés) et exclus du syndicat par le B.E, après avoir été déchus arbitrairement de leurs mandats électifs, par la commission de discipline de l’UGTT.

Conditions du déroulement du 21ème congrès :

La Tunisie compte 10 millions d’habitants (dont 1 million vivant à l’étranger). Le taux de chômage officiel est de 14%. 60% des jeunes travailleurs sont employés par des sociétés d’intérim ou de sous-traitance, sans aucun respect de la (mauvaise) législation du travail. 375000 travailleurs sont syndiqués à l’UGTT (syndicat unique), dont 267000 salariés de la fonction publique. 29% des syndiqués proviennent du secteur  privé, soit 108000. 65 % des recettes proviennent  des cotisations.

Le nombre de syndiqués par secteur économique reflète la combativité de certaines branches :

Enseignement de base (primaire et collège) : + de 45000 adhérents

Enseignement secondaire : + de 43000 adhérents

Santé publique : + 26000

Tourisme et dérivés : + de 25000

Textile, peaux, chaussures : + de 22000

Agriculture : + de 21000

Transport : + de 19000

Pétrole et chimie : + de 16000 adhérents

Les congressistes étaient au nombre de 478, dont 95 représentant la région de Tunis. Près de 500 autres syndicalistes ( dont des candidats aux élections du B.E.) ont été empêchés de franchir les grilles de l’hôtel-forteresse dans lequel s’est déroulé le congrès, sous très haute surveillance policière. Le choix de la ville (dont le bureau régional est dirigé par un proche du pouvoir), qui n’est pas connue par ses activités syndicales intenses, et du lieu, (un hôtel 5 étoiles éloigné du centre) font partie des manoeuvres du secrétaire général et son équipe. Les policiers sont présents en grand nombre à sa demande, à l’intérieur et à l’extérieur du lieu du congrès. Sous la pluie battante et le froid exceptionnel (durant 3 jours), les syndicalistes manifestaient leur mécontentement, sous les coups de matraque des policiers. Une centaine de congressistes s’est solidarisée avec eux en protestant auprès de la présidence du congrès, puis en forçant la grille, afin que tous puissent entrer à l’intérieur de l’hôtel, sans accès à la salle du congrès. Cet état de siège a été mis en place pour  empêcher toute concertation entre les congressistes de gauche et leurs camarades, et ainsi limiter la contestation du bilan du B.E. sortant. L’hôtel a eu comme consigne de résilier toutes les réservations faites par des non congressistes et de mettre dehors les affaires de ceux qui ont réussi à tromper la vigilance policière. Les hôtels environnants(trop chers aussi) ont eu la même consigne.

Les sujets les plus évoqués lors des interventions des congressistes sont : La privatisation du secteur public, la propagation du travail temporaire (l’intérim et la sous-traitance), la flexibilité et le non respect du code du travail, le chômage massif (dont celui des diplômés du supérieur), la couverture sociale (il n’y a pas d’indemnité en cas de chomage en Tunisie), la gratuité et la qualité de l’enseignement et de la santé publiques, la faiblesse des montants de la retraite, critique de la négociation sociale et les concessions faites par la direction de la centrale syndicale, la démocratie interne, la mauvaise gestion financière des budgets syndicaux, les permanents et leurs avantages disproportionnées par rapport aux salariés ( postes fictifs, voyages à l’étranger, sessions de formations bidon, corruption et autres avantages financiers exhorbitants), la limitation du nombre de mandats à deux seulement pour les membres du B.E., déjà entérinée au congrès de Djerba en 2002 et que certains bénéficiaires voulaient remettre en cause...

Les enjeux du 21ème congrès :

Lors du 20ème congrès à Djerba, en 2002, et pour la première fois dans l’histoire de l’UGTT, une liste de syndicalistes de gauche a concurrencé celle du S.G. Cette liste était conduite par une militante marxiste, Naïma HAMMAMI, proche du courant qui a donné naissance par la suite au Parti du Travail (PTPD). Elle a réussi à réunir autour d’elle les syndicalistes les plus combattifs de différents secteurs et régions, sur la base d’une plate-forme politique et revendicative. Elle a réuni près de 20% des voix.

Pour limiter l’influence d’un tel courant, le B.E. a essayé de changer les règles du jeu. Par exemple, les représentants du secteur privé sont élus sur la base des adhésions de 2004 et non de 2005, car il y a une baisse des adhérents dans les petites entreprises où la combattivité est moins forte. La direction a manoeuvré lors des élections des délégués pour garantir une majorité confortable. La militarisation du congrès fait partie de ces manoeuvres. La corruption, les promotions « exceptionnelles », les promesses de postes fictifs et bien payés sont  monnaie courante, celà fait réfléchir quelques syndicalistes hésitants ou dans le besoin, surtout que l’embourgeoisement rapide des « casés » est visible à l’oeil nu. La presse tunisienne a commencé à faire des allusions à « un courant politique structuré au sein du syndicat », opposé à la politique suivie par le B.E. Certains journaux citent nommément le PTPD (non reconnu) comme une force non négligeable au sein de l’UGTT et ayant de nombreux  militants et sympathisants parmis les congressistes.

Avant le congrès, une plateforme syndicale émanant de « syndicalistes progressistes et démocrates, membres de C.A » a été présentée publiquement à « tous ceux qui s’y reconnaissent, qui veulent l’améliorer, l’amender et la défendre ». Cette plateforme a constitué la base d’une alliance électorale, conduite par Naïma Hammami comme tête de liste et qui a obtenu près de 37% des bulletins valides, mais non élue. Il lui manquait 23 voix. Cette liste a été combattue farouchement par la bureaucratie syndicale, les quelques islamistes congressistes, les courants nationalistes arabes, mais surtout par un courant d’extrême gauche, allié des libéraux pro-américains et des islamistes dans ce qui est appelé en Tunisie « le comité du 18 octobre » (qui réclame la liberté d’expression, d’organisation et une amnistie générale). Les arguments ne sont pas toujours politiques, ce serait de bonne guerre, mais l’argument principal est « nous ne voulons pas être dirigés par une femme » !! Les mensonges propagés sont tellement grossiers que la presse de canniveau n’a pas pu faire mieux.

Des têtes sont tombées, des membres du bureaux sortants sont mal élus. Le courant syndical de gauche s’est renforcé. Quatre nouveaux membres sont élus, dont trois sont connus pour leur engagement progressiste et démocratique. Espérons que les avantages matériels et financiers ne les corrompent pas !

Conclusion :

Le travail de longue haleine, commencé il y a trente ans par le courant syndical progressiste et marxiste, s’avère payant. Plusieurs syndicalistes de différents secteurs et de différentes régions lui font confiance, malgré les calomnies, les mensonges et les menaces. Les militants marxistes ont connu les prisons, les exclusions massives du syndicat, avant leur licenciement (y compris de la fonction publique), mais ils ont résisté. Ils ont su être au service des salariés qui leur ont fait confiance et ont défendu les intérêts des salariés, sans ostracisme. Aujourd’hui, c’est une composante incontournable de la vie syndicale et politique en Tunisie. Raison de plus pour continuer une politique d’alliance à gauche et non des alliances avec les forces les plus rétrogrades, au nom de la lutte commune contre la dictature. Il n’y a que les marxistes qui peuvent constituer une alternative démocratique et progressiste, surtout dans les pays dominés de « la périphérie », en comptant sur leurs propres forces et non sur les représentants des USA et de l’UE, qui sont les meilleurs soutiens des dictateurs.

                                                                                                                     

                                                                                              Fin décembre 2006    T. M.
 

* Déclaration De Partis De Gauche Tunisiens 12/12/2005.